Brèves matinales

La pomme et l’escargot

Il y avait une pomme
A la cime d’un pommier;
Un grand coup de vent d’automne
La fit tomber sur le pré !

Pomme, pomme,
T’es-tu fait mal ?
J’ai le menton en marmelade
Le nez fendu
Et l’œil poché !

Elle tomba, quel dommage,
Sur un petit escargot
Qui s’en allait au village
Sa demeure sur le dos

Ah ! stupide créature
Gémit l’animal cornu
T’as défoncé ma toiture
Et me voici faible et nu.

Dans la pomme à demi blette
L’escargot, comme un gros ver
Rongea, creusa sa chambrette
Afin d’y passer l’hiver.

Ah ! mange-moi, dit la pomme,
puisque c’est là mon destin;
par testament je te nomme
héritier de mes pépins.

Tu les mettras dans la terre
Vers le mois de février,
Il en sortira, j’espère,
De jolis petits pommiers.

Charles VILDRAC

Brèves matinales

Le temps d’un café…

Puisque le café matinal se met en route
Sur un chemin bien escarpé
En semi liberté
Nous continuons nos activités.
En toute impudicité,
Nous livrons nos journées
A travers ces écrans barricadés.
En toute impunité,
Nous imprimons nos laissez-passer
Et bravons le pavé
Pour se ravitailler.
Saurons-nous faire perdurer
Cette digne et munificente solidarité,
Ce fil rouge qui nous a accompagnés
Durant cette pandémie déchaînée ?

Que votre journée
Soit colorée et ensoleillée…

Brèves matinales

Un jour, un café…

Si ce n’est au saut du lit,
mais dans les heures qui suivent,
mes pas me guideront inconsciemment
vers cet or noir matinal.
Non pas par dépendance,
mais pour le parfum qui s’en échappera
dès les premières gouttes filtrées.
Non pas par habitude,
mais pour le plaisir à préparer la table,
enlacée par cette essence caféinée.
Non pas par attachement,
mais pour cette première gorgée
dont la chaleur et la saveur
s’invitent aux premières loges.
Non pas par allégeance,
mais parce que mes pensées,
durant ce court instant,
naviguent sur les hauts sommets de l’évasion.

Je vous souhaite de faire de votre indispensable café du matin,
une belle pause-café accompagnée de sa douce journée.

Brèves matinales

Nulle part…

Au pays de Nulle part
On n’y trouve rien
Surtout pas l’essentiel

Au pays de Nulle part
Rien n’est important
Le temps n’ose s’y installer

Au pays de Nulle part
On ne se perd jamais
Puisqu’on ne sait pas où l’on va

Au pays de Nulle part
Les idées sont désarmées
Puis broyées en noir

Au pays de Nulle part
Vit pourtant un peuple apeuré
De ne retrouver son chemin

Brèves matinales

Lettres échouées

La vie la tirait par la main, et l’emmenait valser dans ses journées. Elle ne maîtrisait plus rien. Quelques moments par ci par là. Tant de libertés leurs avaient été ôtées depuis un an qu’il est difficile de dessiner l’esquisse d’un demain. Cette lourde sensation de subir les journées, dictées par ces protocoles sanitaires qui s’entassaient les uns sur les autres. Rajoutant à chaque fois une privation de liberté. Sauf celle d’aller travailler. C’était même devenu un immense privilège car tant d’autres s’étaient vus supprimer ce droit par leur métier décrété du jour au lendemain non-essentiel parce que jugé trop contagieux !

Alors les voilà tous condamner à rester cloisonnés dans leurs vies, parfois dans leurs habitations qui étaient devenues ces nouveaux lieux de télétravail, de replis, d’inquiétude et parfois de solitude…

Des sorties à peine tolérées, quelques balades autorisées mais en comité restreint et toujours dans ce rayon élastique.

Longtemps, ils avaient goûté au très célèbre « un » kilomètre, puis pour les fêtes de Noël, ils eurent droit au vingt. Et maintenant ils découvraient le dix !

Malgré tout, celui-là semblait rétrécie au fil des jours de pluie.

Tout le reste n’existait plus.

Il fallait avoir une grande imagination et une observation fine pour trouver le bonheur dans ces mille petites choses qui les entouraient…

Cette vie parenthèse dans laquelle ils espéraient tous trouver l’équilibre parfait sans savoir qu’ils dansaient sur les plateaux d’une balance.

Brèves matinales

Lettres échouées

Ce qui comptait dans leur histoire ce n’était pas la fin mais la suite.
Car il fallait être fou et fort pour vivre une belle histoire dans ce contexte anxiogène. Puisque inlassablement ils n’avaient plus le droit de se voir.
Être séparés par quelques kilomètres hors de ce rayon autorisé, avait mis des limites trop restrictives dans leur relation.

Elle et son besoin accrue d’être trop rassurée.
Lui et son immense besoin de tendresse.
Eux, amputés de leur propre histoire d’amour.

Alors la fin ayant été écrite, il fallait envisager l’après, la suite, la reconstruction.
Car la période qu’ils vivaient été nauséabonde.
Confinés, enfermés dans leur vie qui s’amenuisait chaque jour davantage.
A chaque liberté perdue, c’était une privation sanction qui rongeait les états mentaux et psychologiques de la population. Un désert culturel avait envahi la planète. Inanimée était devenue la vie des gens. Tout le monde avait été plongé dans un état comateux, branché à des ordinateurs pour travailler et se souvenir de la vie d’avant. C’était maintenant la seule et unique solution pour tisser ce lien avec son entourage : les réseaux sociaux, les visioconférences, et autres engins connectés !

Bien difficile d’être une histoire d’amour durant cette pandémie …

Brèves matinales

Café de Pâques

Il sera onctueux et sentira bon le chocolat.
Et le ciel, ensoleillé à souhait, chassera nos maussades idées.
La chasse aux œufs n’aura pas lieu car les poules sont confinées
pour un temps indéterminés !

Joyeuses fêtes de Pâques !
Faute de grande attablée,
du temps nous est offert.
Ne soyez pas en colère
mais sachez plutôt le rendre épistolaire,
culinaire,
crépusculaire,
imaginaire,
légendaire,
solidaire et prioritaire…

Bises chocolatées

Brèves matinales

Au fil du temps…

Ce n’est pas que nous disposons de très peu de temps,
c’est plutôt que nous en perdons beaucoup. [Sénèque]

Depuis que j’ai l’âge de m’en souvenir,
j’ai toujours eu un sommeil papillon.
Celui qui s’envole au moindre bruit,
au moindre froissement…
Comme si je ne voulais rien perdre des instants de vie…
Et pourtant, cette impression d’avoir perdu
un temps précieux est bien logé dans mon esprit..

Copyright ©Marie CK