Brèves matinales

Lettres échouées

La vie la tirait par la main, et l’emmenait valser dans ses journées. Elle ne maîtrisait plus rien. Quelques moments par ci par là. Tant de libertés leurs avaient été ôtées depuis un an qu’il est difficile de dessiner l’esquisse d’un demain. Cette lourde sensation de subir les journées, dictées par ces protocoles sanitaires qui s’entassaient les uns sur les autres. Rajoutant à chaque fois une privation de liberté. Sauf celle d’aller travailler. C’était même devenu un immense privilège car tant d’autres s’étaient vus supprimer ce droit par leur métier décrété du jour au lendemain non-essentiel parce que jugé trop contagieux !

Alors les voilà tous condamner à rester cloisonnés dans leurs vies, parfois dans leurs habitations qui étaient devenues ces nouveaux lieux de télétravail, de replis, d’inquiétude et parfois de solitude…

Des sorties à peine tolérées, quelques balades autorisées mais en comité restreint et toujours dans ce rayon élastique.

Longtemps, ils avaient goûté au très célèbre « un » kilomètre, puis pour les fêtes de Noël, ils eurent droit au vingt. Et maintenant ils découvraient le dix !

Malgré tout, celui-là semblait rétrécie au fil des jours de pluie.

Tout le reste n’existait plus.

Il fallait avoir une grande imagination et une observation fine pour trouver le bonheur dans ces mille petites choses qui les entouraient…

Cette vie parenthèse dans laquelle ils espéraient tous trouver l’équilibre parfait sans savoir qu’ils dansaient sur les plateaux d’une balance.