Brèves matinales

Prendre le temps de se reprendre, peut-être de renaître…

Elle aurait dû suivre les bons conseils d’Einstein, et ne jamais s’arrêter de pédaler !

Seulement voilà c’était comme si elle avait déraillé et que ses freins l’avaient lâchée en pleine descente ! La chute était inévitable et ce fut brutal ! Mais bizarrement, ce n’était pas la chute qui avait été la plus douloureuse. C’était davantage les nombreuses égratignures fraichement cicatrisées qui ralentissaient maintenant son corps dans tout ce qu’elle entreprenait.

Ce corps qu’elle portait comme un fardeau, qu’elle sentait englué de l’intérieur, et qui ne répondait ni à ses demandes, ni à ses envies. Il se retrouvait aujourd’hui dénué d’énergie, de souplesse et de jeunesse !

« Bienvenue dans le corps d’une ménopausée !! » répétait-elle à qui voulait l’entendre.
Pourtant derrière son regard, reflétait cette délicieuse impression d’avoir encore vingt ans.

Cette traversée dans laquelle sa vertigineuse chute hormonale prenait tous les contrôles, était à son goût, injuste et bien trop longue.
Imaginez rentrer dans un tunnel avec l’énergie d’une marathonienne et en sortir grande championne de tricotin avec en récompense quelques kilos en trop !
La montée sur le podium était aussi réjouissante que la victoire de Trump !

Même s’ils n’étaient pas excessifs, ces kilos l’insupportaient tel ce moustique qui vient vous asticoter les oreilles dès votre lampe de chevet éteinte !

L’acceptation de son corps allait lui prendre du temps, et serait affublé d’un long travail personnel. En attendant elle avait décidé de rejeter en bloc toute possibilité de reprendre une vie amoureuse.
Elle disait qu’elle avait déjà beaucoup de mal à vivre la sienne. L’organisation de son quotidien et de son travail tournait souvent au vinaigre.

Amadouer ses nuits sans sommeil, lui prenait bien trop d’énergie !
La solitude ne l’effrayait pas. Elle trouvait dans cet esseulement, d’immenses moments de bonheur, même s’ils alternaient bien souvent avec de grands moments de tristesse. Mais sa nature globalement disposée au bonheur et à percevoir mille merveilles autour d’elle, lui permettait de trouver le bon dosage d’isolement pour en faire sa potion d’équilibre.

La situation environnante l’avait obligée à poursuivre sa vie différemment. S’adapter étant devenu l’adage du moment, la vie humaine avait été réduite par l’accélération désinvolte de ce virus.

Elle avait décidé maintenant de retenir le temps, de le freiner autant que possible par l’observation de chaque instant, dans les inépuisables détails, sensations, images qui s’offraient à elle…

©Marie CK